🇫🇷
Module 16 · 14 chapitres

Approfondissement en langue française

Révision approfondie des savoirs de langue française: classes de mots, typologie textuelle, focalisation, registres, phrase complexe, figures de style, discours rapporté, voix active/passive et adjectif.

14 chapitres 20 questions ~5.0 heures

Objectifs du module

  • Identifier les classes de mots et leur fonctionnement.
  • Distinguer les principaux types de textes et leurs outils.
  • Analyser la focalisation, les champs lexicaux, les genres et les registres.
  • Maîtriser la phrase simple, la phrase complexe et les subordonnées.
  • Transformer le discours direct en discours indirect et passer de la voix active à la voix passive.

La maîtrise de la langue française commence par l’identification correcte des classes de mots. Il faut distinguer la nature d’un mot, qui reste relativement stable, et sa fonction dans la phrase, qui dépend du contexte.

Classes variables

  • Nom: désigne un être, un objet, une idée ou un lieu: livre, poire, Bachir.
  • Pronom: remplace ou reprend un nom: je, tu, qui, celui-ci.
  • Adjectif: qualifie ou détermine le nom: heureux, rouge, grand.
  • Déterminant: introduit le nom: le, mon, quel, cette.
  • Verbe: exprime une action, un état ou un procès: passer, réussir, voir.

Classes invariables

  • Adverbe: modifie un verbe, un adjectif ou une phrase: souvent, facilement.
  • Préposition: introduit un complément: à, de, par, pour.
  • Conjonction: relie des mots ou des propositions: et, or, quand, parce que.
Réflexe concours: ne répondez pas seulement par la nature; précisez aussi la fonction quand la question le demande: sujet, COD, attribut, complément du nom, complément circonstanciel.

Un texte se reconnaît par son intention dominante, son organisation et ses outils linguistiques. Un même passage peut mêler plusieurs types, mais l’épreuve attend souvent l’identification du type dominant.

  • Narratif: raconter une suite d’événements. Outils: temps du récit, personnages, schéma narratif.
  • Descriptif: décrire un être, un lieu ou un objet. Outils: expansions du nom, adjectifs, verbes d’état, repères spatiaux.
  • Argumentatif: défendre une thèse. Outils: arguments, exemples, connecteurs logiques, modalisation.
  • Injonctif: donner des consignes. Outils: impératif, infinitif, obligation, étapes.
  • Informatif: transmettre des informations. Outils: données, neutralité, réponses à qui, quoi, où, quand.
  • Explicatif: faire comprendre un phénomène. Outils: définitions, causes, conséquences, reformulations.

Schéma narratif et schéma actanciel

Le schéma narratif suit généralement: situation initiale, élément perturbateur, péripéties, dénouement, situation finale. Le schéma actanciel organise les rôles: sujet, objet, adjuvant, opposant, destinateur, destinataire.

La focalisation

  • Interne: le récit épouse le point de vue d’un personnage; le lecteur sait ce que ce personnage perçoit ou ressent.
  • Externe: le narrateur observe de l’extérieur; il décrit les gestes sans accéder aux pensées.
  • Zéro ou omnisciente: le narrateur sait tout: passé, futur, sentiments et motivations.

Le champ lexical

Un champ lexical est un ensemble de mots de natures différentes liés à un même thème: angoisse, crainte, menaçant, terrifié relèvent de la peur.

Les niveaux de langue

On distingue généralement trois niveaux: soutenu, courant et familier. Le choix du niveau dépend de la situation de communication, du destinataire et de l’effet recherché.

Le genre renvoie à une famille de textes; le registre renvoie à l’effet produit sur le lecteur.

Genres fréquents

  • Roman: récit long et structuré.
  • Nouvelle: récit bref, souvent centré sur une chute.
  • Conte: récit merveilleux ou symbolique avec schéma narratif net.
  • Fable: récit bref porteur d’une morale.
  • Poésie: texte en vers ou en prose fondé sur le rythme et l’image.
  • Théâtre: texte destiné à la représentation, organisé en actes, scènes et répliques.

Registres à reconnaître

Le registre réaliste crée un effet de réel; le comique provoque le rire; le tragique impose la fatalité; l’épique amplifie l’action; le fantastique installe le doute; le merveilleux accepte le surnaturel; le lyrique exprime les sentiments; le pathétique suscite la pitié; le didactique instruit.

La phrase simple contient une seule proposition. Elle peut être verbale ou non verbale, minimale ou étendue.

  • Phrase verbale: Les enseignants illuminent les cerveaux.
  • Phrase non verbale: Enlèvement à Marrakech.
  • Phrase minimale: La fille pleure.
  • Phrase étendue: la phrase minimale reçoit des expansions et des compléments.

La phrase complexe

Elle contient plusieurs propositions. Les propositions peuvent être liées par juxtaposition, coordination ou subordination.

  • Juxtaposition: les propositions sont séparées par une virgule, un point-virgule ou deux points.
  • Coordination: elles sont reliées par mais, ou, et, donc, or, ni, car ou par un adverbe de liaison.
  • Subordination: une proposition dépend grammaticalement d’une autre.

La subordonnée relative

Elle complète un nom ou un pronom. Elle peut être déterminative: Je n’aime pas les gens qui se plaignent toujours, appositive: Toubkal, qui s’élève à plus de 4000 m, ..., ou indéfinie: Qui ne dit mot consent.

La subordonnée complétive

Elle complète souvent un verbe: Je vous promets que je serai prudent. Elle peut être conjonctive, interrogative indirecte ou infinitive: Je vous promets d’être prudent.

La subordonnée circonstancielle

Elle exprime une circonstance: temps, cause, conséquence, but, concession, opposition, condition ou comparaison.

  • Cause: Comme il fait froid, il faut porter des lainages.
  • But: Nous formons des vœux pour que ce projet réussisse.
  • Condition: Si j’ai le temps, je t’aiderai.

Une figure de style est un procédé expressif qui agit sur le sens, l’image, le rythme ou l’effet produit.

Principales familles

  • Analogie: comparaison, métaphore, allégorie, personnification.
  • Substitution: métonymie, périphrase, synecdoque.
  • Opposition: antithèse, antiphrase, oxymore, paradoxe, chiasme.
  • Rupture: anacoluthe, ellipse, zeugma.
  • Répétition: assonance, allitération, anaphore, épiphore, parallélisme.
  • Insistance ou atténuation: hyperbole, accumulation, gradation, litote, euphémisme.
Méthode: nommer la figure ne suffit pas; il faut expliquer l’effet: amplification, ironie, émotion, contraste, musicalité ou mise en valeur.

Le discours rapporté

Le discours peut être direct, indirect, indirect libre ou narrativisé. Le passage du direct à l’indirect entraîne des changements de personnes, de temps et d’indicateurs temporels.

  • Direct: Elle a dit: « Je voyagerai en France ».
  • Indirect: Elle a dit qu’elle voyagerait en France.
  • Interrogation totale: Est-ce que...? devient souvent si.
  • Impératif: il devient souvent de + infinitif: Il ordonne de réviser.

La voix active et la voix passive

À la voix active, le sujet fait l’action. À la voix passive, le sujet subit l’action: Laila met la lettre à la poste devient La lettre est mise à la poste par Laila. Le temps de l’auxiliaire être porte le temps de la transformation.

L’adjectif

L’adjectif qualificatif peut être épithète, apposé ou attribut. Il s’accorde généralement en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte; les adjectifs de couleur exigent une attention particulière.

Le texte narratif est l'un des genres les plus répandus : il raconte une histoire, réelle ou fictive, organisée en étapes. Ce chapitre synthétise les outils de la narratologie (Genette, Propp, Greimas, Bremond) permettant d'analyser précisément un récit : structure, temps, voix, point de vue et personnages.

Récit, histoire, narration : trois notions à distinguer

Gérard Genette souligne l'ambiguïté du mot « récit » et distingue trois notions clés, à ne pas confondre dans une copie de concours :

📖 Le récit

L'énoncé narratif lui-même : le discours oral ou écrit qui assume la relation d'un événement ou d'une série d'événements. C'est le texte narratif en tant que tel.

🗺️ L'histoire

Le signifié, le contenu narratif : la succession d'événements réels ou fictifs qui font l'objet du discours. Un résumé en quelques mots (le « sommaire ») condense l'histoire sans être le récit.

✍️ La narration

L'acte narratif producteur : le fait même de raconter, et la situation, réelle ou fictive, dans laquelle cet acte prend place.

🔗 Le lien entre les trois

Pour Genette, l'histoire et la narration ne nous sont accessibles que par l'intermédiaire du récit : un discours narratif doit raconter une histoire (sinon il n'est pas narratif) et être proféré par quelqu'un (sinon ce n'est pas un discours).

Tout récit est traité selon trois catégories fondamentales : le temps, la voix et le mode — les trois axes d'analyse développés dans ce chapitre.

Le schéma narratif : cinq étapes

Le schéma narratif ne se contente pas de décrire une action : il raconte une action composée de plusieurs épisodes qui tendent vers une fin, organisés selon un ordre logique.

ÉtapeDéfinition
1. Situation initialeÉtat d'équilibre de départ ; renseigne sur le cadre (historique, géographique, culturel) et présente les personnages. C'est par rapport à elle que les événements auront un sens.
2. Élément perturbateurL'élément déclencheur qui modifie le déroulement (arrivée/disparition d'un personnage, événement extérieur, décision) — le « nœud déclencheur » (Jean-Michel Adam). Il rompt l'équilibre initial.
3. Actions / péripétiesProvoquées par l'élément perturbateur : moyens et tentatives des personnages pour retrouver l'équilibre et atteindre un but final.
4. DénouementRésolution du problème posé par l'élément perturbateur.
5. Situation finaleNouvel état d'équilibre, en écho (ou en contraste) avec la situation initiale.

Les fonctions de Propp et les rôles des personnages

🧩 31 fonctions, 7 rôles

Vladimir Propp montre qu'il n'existe que 31 fonctions dans le conte traditionnel (« l'action d'un personnage défini du point de vue de sa signification dans le déroulement de l'intrigue »), transposables à tout conte — alors que les personnages, eux, sont extrêmement variés.

Les 31 fonctions ne sont pas toutes présentes dans un même récit. La séquence préparatoire (fonctions 1 à 7) comprend : éloignement, interdiction, transgression de l'interdiction, interrogation, information, tentative de tromperie, et le héros/père se laisse tromper.

🎭 Les 7 sphères d'action (rôles)

  • L'agresseur (le vilain), qui commet le méfait
  • Le donateur, qui confie l'auxiliaire magique
  • L'auxiliaire, qui aide le héros (universel ou spécifique)
  • La princesse (ou son père), objet de la quête
  • Le mandateur, qui mandate le héros
  • Le héros
  • Le faux héros, qui revendique faussement la victoire

Exemple appliqué : le Petit Chaperon Rouge

Éloignement (ordre de la mère) → Interdiction (ne pas parler aux étrangers) → Transgression (elle parle au loup) → Interrogation/Information (le loup obtient une information exacte, mais lui-même trompe) → Tromperie → Méfait (le loup dévore la grand-mère) → Combat (joute oratoire question/réponse) : chaque réplique du conte peut ainsi être rattachée à une fonction précise de Propp.

Le schéma actantiel de Greimas

À partir des fonctions de Propp, Algirdas Greimas construit un modèle plus abstrait à 6 actants, organisés selon trois axes.

axe de la communication Destinateur Objet Destinataire Adjuvant Sujet Opposant axe du pouvoir axe du désir (quête)
Le Destinateur transmet l'Objet au Destinataire (communication) ; le Sujet désire l'Objet (quête) ; l'Adjuvant aide le Sujet tandis que l'Opposant lui fait obstacle (pouvoir).

La structure narrative selon Bremond

En partant lui aussi des fonctions de Propp, Claude Bremond établit trois grandes parties du conte :

PartieContenu
Situation initialeCirconstances de temps (atemporel) et de lieu (indéfini) ; situation avant le manque ; présentation du héros.
Développement (nœud)Une mission est confiée au héros ; obstacles et épreuves ; intervention d'alliés/auxiliaires ou d'un objet magique ; opposition d'ennemis ; le héros survit, les opposants échouent.
Situation finaleLe manque du début est comblé, la mission est réussie ; victoire et récompense du héros ; célébration, fin heureuse.

Conte, fable et nouvelle : mêmes règles, formats différents

🦊 Le conte et la fable

Organisation commune (membre initial, liquidation du manque) ; se concluent généralement sur une situation simple illustrant une morale. Celle-ci est plus facilement identifiable dans la fable, alors que le conte, par ses événements merveilleux, éloigne davantage de la réalité.

📄 La nouvelle

Se rapproche du récit classique mais s'en distingue par un format court : elle respecte le schéma quinaire, intègre rarement des éléments annexes, s'attarde peu sur les descriptions, et le dénouement peut tenir en une seule phrase (ex. la chute de La Parure de Maupassant).

L'étude temporelle du récit

Le temps est un élément constitutif du récit (Genette, Figures III). L'ordre d'apparition des événements dans le texte n'est presque jamais la succession chronologique de l'histoire.

⏪⏩ Les distorsions d'ordre : anachronies

  • Analepse : narration rétrospective d'un événement antérieur au moment de l'histoire où l'on se trouve (« retour en arrière »).
  • Prolepse : anticipation d'un élément postérieur au point où le récit s'est interrompu.
  • La distance entre l'anachronie et le « présent » du récit est sa portée. Les anachronies servent la logique du récit : mettre en relief un détail, annoncer un fait important, combler une lacune.

⏱️ La durée : vitesse du récit

  • Isochronie : coïncidence temporelle parfaite entre récit et histoire (très difficile à vérifier concrètement).
  • La pause : mouvement narratif « nul » — la durée du récit ne correspond à aucune durée de l'histoire (ex. une longue description).
  • L'ellipse : épisode passé sous silence — mouvement narratif infiniment rapide, la durée de l'histoire ne correspond à presque aucune durée du récit.

La voix : les niveaux narratifs

Gérard Genette lie le statut du narrateur aux rapports de subordination entre récits situés à des niveaux narratifs (diégétiques) différents.

NiveauDéfinitionExemple (Le Rouge et le Noir, Stendhal)
IntradiégétiqueLe récit au premier degré : le narrateur reste en retrait et se borne à narrer.M. de Rênal se promène avec sa femme : récit premier, niveau diégétique.
MétadiégétiquePassage au récit au second degré (métarécit) : le narrateur délègue la parole à un personnage, qui raconte à son tour.M. de Rênal prend la parole et raconte sa propre expérience, enchâssée dans le récit premier.
ExtradiégétiqueÉvénements racontés à l'extérieur du texte, relatifs aux conditions de création ou de narration (manuscrit, journal intime...) ; le narrateur peut commenter ou juger.Le narrateur ouvre un autre univers (celui d'un « conteur parisien ») et commente ironiquement le propos.

La focalisation (point de vue)

Genette distingue deux instances : « qui parle ? » (la voix) et « qui voit ? » (la focalisation). Il propose trois catégories dans Figures III :

Type de focalisationCaractéristique
Récit non focaliséNarrateur omniscient : sa connaissance dépasse celle des personnages, jusqu'à leurs pensées intimes.
Focalisation interne fixeLe narrateur adopte le point de vue d'un seul personnage tout au long du récit.
Focalisation interne variableLe point de vue passe successivement par plusieurs personnages.
Focalisation interne multipleUn même événement est raconté selon les points de vue de différents personnages.
Focalisation externePoint de vue strictement limité aux perceptions visuelles/auditives ; le narrateur est un témoin objectif et anonyme, « sans que nous soyons jamais admis à connaître ses pensées ou ses sentiments » (Todorov : le narrateur en dit moins que n'en sait le personnage).

🔍 Les marques linguistiques du point de vue (François Rabatel)

  • L'aspectualisation de la perception : une perception ne suffit pas si elle est simplement mentionnée par un verbe (voir, entendre...) ; elle doit être développée pour révéler un point de vue. « Elle vit son père » (narrateur seul) vs « elle vit son père qui partait aux champs, traînant ses outils... » (point de vue de « elle »).
  • La mise en relief : distinction entre progression de l'action (passé simple, premier plan) et description/commentaire (imparfait, arrière-plan). « Elle vit son père. Il faisait demi-tour » : le mouvement du père est perçu à travers le regard de la fille.
  • L'anaphore associative : un terme non explicitement repris mais associé par implication lexicale révèle un point de vue. « Paul entra dans le village. Les cheminées fumaient » : c'est Paul qui perçoit la fumée, par association implicite.

Le narrataire, le non narrable, le non narré, le dénarré

👤 Le narrataire

Tout récit présuppose au moins un narrateur, un focalisateur, et un narrataire — le destinataire du discours narratif à l'intérieur du texte (parfois interpellé : « lecteur », « cher lecteur »...). Au « degré zéro », il connaît la langue, la grammaire du récit, et dispose d'une mémoire stable, mais ignore ce que le narrateur ne lui a pas encore révélé.

🚫 Trois formes d'absence narrative

  • Le non narrable : ce qui ne peut/doit pas être narré (transgresse une loi sociale, ou dépasse le savoir du narrateur), ou ce qui est jugé sans intérêt narratif.
  • Le non narré : événements qui ont bien eu lieu dans l'histoire mais ne sont pas racontés (ellipses, explicites ou non) — réponse à un besoin de rythme, de suspense, de surprise.
  • Le dénarré (Gerald Prince) : événements qui n'ont pas eu lieu bien qu'ils auraient pu être racontés — possibilités non réalisées, attentes ou espoirs non concrétisés.

Les actants du récit et les personnages

📢 Émetteurs et récepteurs

  • Instances émettrices : l'auteur réel (qui signe le livre), l'auteur implicite (qui crée l'œuvre sans y être impliqué), le narrateur (à qui l'auteur implicite délègue le pouvoir de raconter), et éventuellement le personnage-narrateur.
  • Instances réceptrices : le lecteur réel, le lecteur implicite (l'attente idéale de l'œuvre), et le narrataire (le lecteur inscrit dans le texte).

🧑‍🤝‍🧑 Les personnages : un système

Les personnages d'un récit fictif forment un système organisé selon plusieurs critères : le comportement (actif/passif, positif/négatif), la situation sociale (aristocrate, bourgeois...), la situation dans le groupe (intégré/isolé), la classe d'âge, l'idéologie. Ces classifications sont souvent binaires et doivent être dégagées du texte lui-même.

Les marques temporelles du récit

🕰️ Passé simple, imparfait, plus-que-parfait

  • L'utilisation du passé est un bon indice de la nature narrative d'un texte.
  • Le passé simple raconte des événements achevés, entrepris et clos — c'est le temps de la progression de l'action (premier plan).
  • L'imparfait décrit et raconte les événements qui durent et se répètent (caractère itératif) — c'est le temps de l'arrière-plan.
  • Le plus-que-parfait permet d'évoquer un « passé dans le passé », un événement antérieur au moment que le narrateur est en train de raconter.

Erreur fréquente

Confondre focalisation (« qui voit ? ») et voix narrative (« qui parle ? ») : un même narrateur (voix) peut adopter des focalisations différentes selon les passages d'un même récit. De même, ne pas confondre le niveau narratif (intra/extra/métadiégétique) avec le type de focalisation : ce sont deux grilles d'analyse indépendantes, à combiner.

💡 Méthode pour le concours : face à un texte narratif, procéder dans l'ordre : 1) identifier le schéma narratif (les 5 étapes) ; 2) déterminer la voix et le(s) niveau(x) narratif(s) ; 3) déterminer la ou les focalisations dominantes et relever leurs marques linguistiques ; 4) analyser l'ordre et la durée (anachronies, ellipses, pauses) ; 5) situer les personnages dans le schéma actantiel de Greimas. Une réponse structurée cite toujours l'auteur/théoricien de référence (Genette, Propp, Greimas, Bremond) associé à chaque outil d'analyse.

L'indicatif, mode du réel, est le plus riche des modes : chaque temps y exprime, au-delà de sa valeur temporelle de base, plusieurs nuances selon le contexte. Ce chapitre détaille ces valeurs, temps par temps, avant d'aborder le conditionnel (temps et mode).

Le présent de l'indicatif

Il exprime avant tout une action actuelle, en train de se produire au moment même où l'on parle (présent momentané) : « Tu me railles, tu as raison. » Selon le contexte, il exprime aussi :

  • Une action instantanée : La portière claque, la voiture roule.
  • Une action habituelle (valable pour le passé, le présent et l'avenir) : Mon service débute à 8 heures du soir.
  • Une action passée, même lointaine (présent historique ou de narration) : Sous le seul règne de Philippe II, l'Espagne brûle seize cents personnes.
  • Une vérité générale, hors du temps — proverbe ou maxime (présent gnomique) : À l'œuvre on connaît l'artisan.
  • Un passé récent : Tu le manques de peu. / Il sort à l'instant.
  • Un futur proche : Je reviens dans deux minutes.
  • Un futur en subordonnée conditionnelle, avec le verbe principal au futur : Si je réussis, qui m'en saura gré ?
  • Un futur lointain, présenté comme déjà réalisé (projet, prédiction) : Dans peu de temps, l'homme marche sur la lune et organise des voyages interplanétaires.

L'imparfait

C'est le plus subtil des temps du passé. Il exprime :

  • Une action inachevée, en train de s'accomplir au moment où une autre action passée se produit : Deux Coqs vivaient en paix : une Poule survint. (La Fontaine)
  • Une action qui dure sans limite précise — imparfait de durée : Les heures se traînaient horriblement identiques.
  • Une action habituelle, répétée dans le passé — imparfait d'habitude : J'allais au grenier l'après-midi, après la sieste.
  • Une action à un moment précis du passé — imparfait historique : 1815, Napoléon partait pour Sainte-Hélène ; il est mort en 1821.
  • Une action passée récente par rapport à une autre action passée : À peine étions-nous dans la plaine que l'orage éclata.
  • Une action future proche par rapport à une autre action passée : Je sortais quand tu es arrivé.
  • Un remplacement plus vivant du conditionnel passé : Sans tout son esprit de décision, cet enfant se noyait.
  • Une hypothèse possible ou irréelle, après « si » : Si j'avais un avion, je serais heureux.
  • Une supposition, une menace, un conseil, un souhait : Ah ! si tu écrivais clairement !
  • Une atténuation (imparfait de politesse ou de description) : Je venais vous demander un petit service.
  • On le rencontre aussi dans le discours indirect.

Le passé simple

  • Une action complètement achevée à un moment déterminé du passé, sans idée de durée — d'où son emploi fréquent dans le récit et la narration pour des faits multiples présentés successivement : Deux Rats cherchaient leur vie ; ils trouvèrent un Œuf. (La Fontaine, Livre IX) / Elle but, s'essuya la bouche et continua.
  • Une vérité générale souvent constatée dans le passé : Reprenez vos esprits et souvenez-vous bien qu'un dîner réchauffé ne valut jamais rien. (Boileau)

Remarque : le passé simple peut aussi exprimer, sans idée de continuité, un fait qui dure mais dont la durée est limitée précisément par un complément de temps : Il marcha trente jours. (V. Hugo)

Le passé composé

Plus familier et plus courant, il exprime :

  • Une action entièrement accomplie sans précision — passé indéfini : Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil. (V. Hugo)
  • Une action entièrement accomplie à un moment défini : Nous nous sommes rencontrés la semaine dernière.
  • Une action passée dont les effets durent encore : Ce peintre a terminé son chef-d'œuvre.
  • Une vérité générale souvent constatée : La discorde a toujours régné dans l'univers ; notre monde en fournit mille exemples divers. (La Fontaine, Fables, XII, 8)
  • Une action entièrement subordonnée par rapport à un présent : Quand il a fini son travail, il écoute de la musique.
  • Un futur proche présenté comme déjà accompli : Attends-moi deux minutes, j'ai bientôt fini ce travail.
  • Un futur antérieur après un « si » épenthétique : Si tu as terminé à temps, nous irons au cinéma.

Le passé antérieur

  • Une action passée antérieure immédiatement à une autre : Quand il eut soufflé la bougie, tout changea. (Gracq)
  • Une action passée rapidement terminée, précédée d'un adverbe de temps : Et le Drôle eut lapé le tout en un moment. (La Fontaine, Le Renard et la Cigogne, I, 18)

Le plus-que-parfait

  • Une action entièrement accomplie, antérieure à une autre action passée (généralement à l'imparfait) : Je me souvenais de l'école, l'écriture avait gravé les murs.

Le futur simple

  • Une action à venir, proche ou lointaine : Moi aussi je regarderai les étoiles. (Saint-Exupéry, Le Petit Prince)
  • Une affirmation atténuée d'un fait présent — futur de politesse : Je vous prierai de m'écouter attentivement.
  • Un ordre atténué, une prière, un souhait : Tu iras jusqu'au bout de la forêt. (Vildrac)
  • Une probabilité, une intention, une promesse : Il fera beau demain (probabilité) / Je vous rembourserai ce soir (promesse)
  • Une action passée, chez les historiens : La campagne de Russie sera fatale à Napoléon.
  • Une indignation devant un fait qui risque de durer : « Quoi ! ces gens se moqueront de moi ? » (La Fontaine, Le Renard et les Poulets d'Inde)
  • Une vérité générale, souvent suivie de toujours, souvent, jamais : Homme libre, toujours tu chériras la mer ! (Baudelaire, L'Homme et la mer)

Le futur antérieur

  • Une action future antérieure à une autre action future dont le verbe est au futur simple : Quand j'aurai terminé avec lui, je serai à vos ordres. (Mérimée)
  • Un fait futur considéré déjà comme accompli (en indépendante ou en principale) : J'aurai fini dans un petit quart d'heure. (J. Romains)
  • Un fait passé avec diverses nuances affectives : probabilité (Tu auras encore égaré ton stylo ?), souhait (J'espère qu'il n'aura pas eu d'accident.), regret ou indignation (J'aurai donc travaillé pour rien !), politesse ou ironie (Vous m'aurez sans doute mal compris.)

Le conditionnel : temps ou mode ?

Le conditionnel-temps

Il a une valeur de futur ou de futur antérieur de l'indicatif, employé après un verbe principal au passé : Je pensais qu'il viendrait, qu'il serait venu (correspond à je pense qu'il viendra, qu'il sera venu).

Le conditionnel-mode : dans une principale conditionnée

Trois cas selon la réalisation de l'hypothèse :

  • Le potentiel (chose possible, avenir) : Si j'avais un avion un jour, je serais heureux.
  • L'irréel du présent : Si j'avais un avion maintenant, je serais heureux.
  • L'irréel du passé : Si j'avais eu un avion autrefois, j'aurais été heureux.

Le conditionnel-mode : dans une indépendante

  • Désir, souhait, rêve, conseil : J'aimerais voyager, cela serait charmant / J'aurais aimé voyager (regret) / Tu devrais te soigner (conseil)
  • Atténuation, politesse : Pourriez-vous avancer ?
  • Impression ou affirmation atténuée par prudence (information non contrôlée) : On dirait un bruit de chaîne. / Le train aurait déraillé, il y aurait des victimes !
  • Supposition, fait imaginé : Vous seriez les gendarmes, nous serions les voleurs.
  • Indignation : Moi, je trahirais un ami ? Il n'aurait pas dû dire cela !

Exercice d'application

Conjuguer au passé antérieur ou au plus-que-parfait, selon la valeur exprimée :

#Phrase corrigéeValeur exprimée
1Quand l'auteur eut obtenu le silence, il commença.Action entièrement achevée juste avant que l'auteur ne commence à parler
2Quand ils eurent fini de clore et de murer, on mit l'aïeul au centre en une tour de pierre.Fait entièrement achevé juste avant l'action suivante
3Bonjour Monsieur, je suis entré pour vous apporter ma facture.Valeur de passé composé, fait rejeté dans le passé
4Si l'on avait dit à nos arrière-grands-pères qu'on atterrirait sur la Lune, ils ne l'auraient pas cru.Fait situé dans le passé, après « si »
5Ah ! Si vous m'aviez averti, j'aurais pris mes précautions.Fait situé dans le passé, après « si »
6J'avais donc mon petit coin de jardin à cultiver ; en une demi-heure j'eus bêché mon terrain.Action passée accomplie rapidement
7Quand il avait fini son tour d'horizon, chaque fois il haussait les épaules…Fait habituel dans le passé
💡 Pour le concours : ne vous limitez jamais à nommer un temps — précisez toujours sa valeur dans le contexte (répétition, antériorité, atténuation, vérité générale…), et distinguez bien le conditionnel-temps (valeur temporelle pure) du conditionnel-mode (potentiel, irréel du présent/passé, nuances affectives).

La forme verbale varie selon la personne, le nombre, le mode, le temps, l'aspect et la voix. Ce chapitre traite du classement des verbes en groupes, des modes personnels et impersonnels, et des semi-auxiliaires.

Les critères traditionnels du classement du verbe

Le classement traditionnel repose sur l'analyse graphique des formes verbales, en particulier des désinences (terminaisons). Il aboutit à trois groupes de conjugaison :

GroupeCritère de classement
1ᵉʳ groupeLa répartition prend pour premier critère la forme de l'infinitif.
2ᵉ groupeLa conjugaison repose sur la régularité des désinences temporelles, considérées comme marques essentielles du verbe, en minimisant les oppositions singulier/pluriel ou de personne.
3ᵉ groupeSeules les formes graphiques sont prises en considération ; toute variation graphique — qu'elle corresponde ou non à une différence de prononciation — peut déterminer un sous-groupe.

Les modes du verbe

Le mode exprime l'attitude du sujet parlant à l'égard de son énoncé. On oppose les modes personnels (qui distinguent les personnes par des désinences spécifiques) aux modes impersonnels (qui n'en possèdent pas).

Les 4 modes personnels

  • L'indicatif : mode du réel, exprime un fait certain ou donné comme tel ; mode par excellence de l'indépendante ou de la principale. « Ils demandent le chef, je me nomme, ils se rendent. » (Corneille, Le Cid, IV, 3)
  • Le conditionnel : exprime l'éventuel, la politesse, l'hypothèse. « Si j'étais votre égal, vous verriez. »
  • L'impératif : exprime un ordre, un conseil, une consigne ou une interdiction. « Venez avec moi, dit-elle, et ne dites mot. » (Voltaire)
  • Le subjonctif : mode du doute et de la pensée, surtout mode de la subordination. « Il n'a jamais admis qu'on puisse rire de lui. »

Les modes impersonnels

  • L'infinitif : forme nominale du verbe, exprime l'action sous sa forme la plus générale. « Changer de conversation n'était pas possible. »
  • Le participe : forme adjective du verbe. « Ils descendaient vers la Seine, désespérés, grelottants. » (Maupassant, La Parure, 1884)
  • Le gérondif : forme adverbiale, toujours invariable, exprime une valeur circonstancielle. « Je regarde la télévision en mangeant. »

Les semi-auxiliaires

Un semi-auxiliaire, suivi d'un infinitif ou d'un participe, nuance l'aspect ou le temps du verbe principal :

Semi-auxiliaireValeur exprimée
Aller + infinitifFutur proche
DevoirFutur probable ou obligatoire
FaireAspect causatif
Ne pas laisser de / être en train deAspect duratif
Commencer à, se mettre à, se prendre àAspect inchoatif
Venir suivi de àSens fortuit
Faillir, manquer deAspect occasionnel
Être sur le point de, être en passe de, être près deFutur très proche
Venir dePassé récent
PouvoirProbabilité, proximité
Avoir àObligation
Aller + participe présentContinuité

Le subjonctif : un mode en recul

Si le conditionnel est en progrès depuis sa création, le subjonctif, lui, est en recul : le français moderne, surtout à l'oral, tend à abandonner deux de ses quatre temps (l'imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif, cantonnés à l'écrit soutenu). Le subjonctif reste le mode affectif par excellence.

💡 Pour le concours, sachez toujours justifier le choix d'un mode par la fonction de la proposition (indépendante/principale vs subordonnée) et par le degré de certitude exprimé (réel, éventuel, souhaité, ordonné).

Toute forme verbale se compose de deux constituants : le radical (base), qui porte le sens lexical stable du verbe, et la désinence (terminaison), qui apporte les informations grammaticales (mode, personne, nombre, temps). Ce chapitre détaille leur formation par série de temps, puis classe les verbes selon leur nombre de bases (radicaux différents).

Formation des temps simples, par série

Série I — Présent (indicatif, subjonctif, impératif) et imparfait

  • Indicatif présent : temps à la formation la plus variée. De nombreux verbes ont une seule base (il chante), d'autres deux (il écrit / ils écrivent, il finit / ils finissent). À l'écrit, deux séries de désinences au singulier : (e+s) pour les verbes en -er, ou (s/t) pour les autres.
  • Imparfait de l'indicatif : radical unique, correspondant à la base de la 1ʳᵉ personne du pluriel du présent (connaissons → connaissais), sauf pour être. Désinences écrites : (ai+s/s/t/ent) au singulier et 3ᵉ pl., (i+ons/ez) aux 1ʳᵉ/2ᵉ du pluriel.
  • Subjonctif présent : radical souvent commun à l'indicatif présent, ou basé sur le pluriel de l'indicatif (qu'il finisse). Désinences (sauf être/avoir) : e, es, e, ions, iez, ient.
  • Impératif présent : trois personnes seulement, identiques au présent de l'indicatif (avec chute du -s de la 2ᵉ personne pour les verbes en -er).

Séries II à IV

  • Futur simple (Série II) : base souvent prévisible depuis l'infinitif, suivie de la marque /r/ puis des désinences (ai, as, a, ons, ez, ont).
  • Conditionnel présent : formé sur la base du futur simple (marque /r/) suivie des désinences de l'imparfait.
  • Passé simple (Série III, forme littéraire) : voyelle spécifique selon le type de verbe — (a/è) pour les verbes en -er, (i) pour finir/agir/saisir, (u) pour conclure/avoir/courir/lire. Désinences 1ʳᵉ/2ᵉ pl. : -mes/-tes avec accent circonflexe.
  • Imparfait du subjonctif : mêmes voyelles que le passé simple + terminaisons (sse, sses, t, ssions, ssiez, ssent).
  • Infinitif et participe (Série IV) : quatre désinences à l'écrit (er, ir, oir, re) ; participe présent/gérondif en -ant (exceptions : étant, ayant, sachant) ; participe passé en (é), (i), (u) ou consonne finale selon les verbes.

Particularités orthographiques (verbes à 2 bases, variation vocalique)

Type de verbeParticularitéExemples
Verbes en -cerLe « c » prend une cédille devant a/o : nous plaçons, je plaçais, je plaçaiplacer, commencer, annoncer…
Verbes en -gerUn « e » s'ajoute après le g devant a/o : nous rangeons, je rangeaisranger, manger, voyager…
Type semer« e » caduc devient « è » ouvert devant syllabe à e caduc (accent grave)semer, achever, lever, mener, peser
Type céder« e » fermé devient « e » ouvert devant syllabe à e caduccéder, compléter, considérer, pénétrer, régler, répéter, révéler, sécher
Type jeter/appelerRedoublement de la consonne (t/l) devant e caducjeter, appeler, rappeler, renouveler, ruisseler
Type geler/acheterAccent grave sur le « e » au lieu du redoublementgeler, acheter, décider, dégeler, écarteler, marteler, modeler, peler
Verbes en -oyer/-uyerLe « y » devient « i » devant voyelle autre que e caducnettoyer, ennuyer, broyer, déployer, noyer, appuyer (exception : envoyer/renvoyer ont un futur en -verr)
Verbes en -ayerLe « y » peut être conservé ou remplacé par « i » devant e caducpayer

Classement des verbes selon leur nombre de bases

Certains verbes possèdent un radical unique ; d'autres varient selon le temps ou la personne, jusqu'à six bases différentes pour les plus irréguliers.

BasesVerbe(s) typeBases identifiées
1 basecourir (et dérivés : accourir, discourir, parcourir, secourir), cueillir (et dérivés), conclure/inclure/reclure, rire/sourireradical unique à tous les temps
2 basesfinir (fini / finiss) · fuir/s'enfuir (fui / fuy) · battre/mettre (bat/met court, batt/mett long) · rendre/prendre (rend ; prendre : pren/prenn/pri) · coudre (coud/cous) · moudre (moud/moul) · suivre (sui/suiv) · dire (di/dis) · lire (li/lis +lu) · cuire et famille (cui/cuis) · plaire (plai/plais +plu)radical court et radical long selon le temps
3 basesoffrir/ouvrir/couvrir/souffrir (offr, offri, offert) · haïr (haï, hai, haïsse) · vivre (vi, viv, +véc) · croire (croi, croy, cr) · traire/extraire (trai, tray — 2 bases) · écrire (écri, écriv) · absoudre/résoudre (absolv, absoud, absou) · craindre/plaindre/contraindre (crain, craign, craind) · peindre/joindre (pein, peign, peind)base courte, longue, et parfois base réservée au participe passé
4 basesdevoir (doi, dev, doiv, du) · paraître/connaître/naître/croître (parai, paraiss, paraît, par(u) — naître : n(é)/naqu au passé simple)
5 basesvenir/se souvenir/parvenir (ven, vien, vienn, vin, viend) · voir/entrevoir/prévoir/revoir (voi, voy, ve, vi, vu) · savoir (sai, sav, sau, sach, s(u)) · valoir (vau, val, vaud, vaill +val(u)) · s'asseoir (assied, assié, assey, ass, assoi) · acquérir (acquier/acquièr, acquér/acquer, acqu — bases orales)
6 basesaller (six bases) · vouloir (veu, voul, veul, voud, veuill) · pouvoir (peu, pouv, peuv, pou, puiss + variante « puis-je ») · avoir (ai, a, ont, av, au, ay, eu) · faire (fai, font, fais, fe, fass, fi) · être (le plus grand nombre : suis, es(t), sommes, sont, ét, se, soi(t), soy, fu)verbes les plus irréguliers du français

Cas particuliers à retenir

  • Mourir suit le modèle de courir, sauf au participe passé (mort) et au présent (base meur).
  • Partir, dormir, sentir, mentir, servir, sortir : trois bases (courte, allongée d'une consonne, allongée d'un « i »). Exception : vêtir garde le « t » dans sa base courte.
  • Recevoir et sa famille : le « c » prend une cédille devant o/u (reçoit, reçu).
  • Dire et faire : 2ᵉ personne du pluriel irrégulière (vous dites, vous faites) ; seul redire suit totalement ce modèle parmi les dérivés de dire.
💡 Face à un verbe rare au concours, identifiez d'abord son nombre de bases puis reliez chaque base à la série de temps correspondante (Série I : présent/imparfait ; Série II : futur/conditionnel ; Série III : passé simple/imparfait du subjonctif) — cela structure immédiatement toute la conjugaison.

Au-delà du temps chronologique, le verbe porte une valeur d'aspect (le déroulement interne du procès), peut se construire à la voix active ou passive, et peut prendre une forme pronominale. Ce chapitre synthétise ces trois dimensions.

L'aspect verbal

Le procès exprimé par le verbe peut être envisagé de deux manières : le temps chronologique (passé/présent/futur, point de vue externe) et l'aspect (déroulement interne du procès, indépendamment de la chronologie).

Accompli / inaccompli

  • Aspect accompli : le procès est envisagé au-delà de son terme, comme réalisé. Formes composées : « Je crois avoir compris cette explication. » « Il avait chanté. »
  • Aspect inaccompli : le procès est saisi en cours de déroulement. Formes simples : « Je crois comprendre cette explication. » « Il chante. »
  • Cette opposition passe, à tous les modes, par l'opposition entre formes simples et formes composées.

Inchoatif / terminatif / progressif

  • Inchoatif : saisit le procès à son tout début — se mettre à, commencer à.
  • Terminatif : saisit le procès à sa limite finale — finir de, cesser de, terminer de.
  • Progressif : souligne le développement continu et graduel de l'action — être en train de ; « Le mal va croissant. »

Une échelle typique de l'aspect

Il vient de parler (passé récent) → il finit de parler (terminatif) → il est en train de parler (progressif/duratif) → il commence à parler (inchoatif) → il va parler (futur proche). Une même action peut ainsi être saisie à différents points de son déroulement interne.

Voix active et voix passive

En français, le passif se construit avec l'auxiliaire être suivi du participe passé — c'est être qui porte les marques de mode, temps, personne et nombre.

Voix activeVoix passive
Le professeur (N1) explique (V) la leçon (N2).La leçon (N2) est expliquée par le professeur (N1).
Nos amis construisent cette maison.Cette maison est construite par nos amis.
On a fracturé la porte.La porte a été fracturée.
On a bâti la mairie.La mairie a été bâtie en 1932.

Cas où la transformation passive est impossible ou trompeuse

  • Ce livre se vend bien — forme nominale à sens passif, pas un vrai passif.
  • Les enfants jouent dans la courjouer est intransitif : pas de passif possible.
  • Jean pensait à son match / Ma voisine est une brave femme — transformation passive impossible (verbe non transitif direct, ou attribut).

Verbes pronominaux et constructions pronominales

On qualifie de pronominale toute forme verbale construite avec un pronom personnel conjoint (« se » à la 3ᵉ personne), et formant ses temps composés avec l'auxiliaire être.

Interprétation réfléchie / réciproque

  • Réfléchie : le sujet (singulier, ou chacun des éléments d'un ensemble collectif) agit sur lui-même. « Jean s'était vêtu d'un kimono. »
  • Réciproque : multiplicité de relations croisées entre les éléments d'un ensemble. « Les élèves d'une classe se sont battus comme des chiffonniers. »

Verbes essentiellement pronominaux

Le pronom réfléchi fait partie intégrante de la forme lexicale (pas de forme simple correspondante) :

  • Intransitifs : s'évanouir, s'écrouler, se diminuer
  • Transitifs directs : s'arranger (un doigt)
  • Transitifs indirects : se souvenir de, se méfier de, se méprendre de, s'enquérir de

Construction pronominale (sans lecture réfléchie ni réciproque) : « Les feuilles mortes se ramassent à la pelle. »

💡 Méthode : face à une forme pronominale, vérifiez d'abord si une lecture réfléchie ou réciproque est possible ; sinon, il s'agit d'une construction pronominale (souvent proche du sens passif) ou d'un verbe essentiellement pronominal (sans forme simple).

La conjugaison française concentre l'essentiel des irrégularités morphologiques héritées du latin. Ce chapitre réunit une sélection de verbes difficiles — parmi les plus fréquemment mal orthographiés aux concours — avec leurs formes-pièges et les remarques indispensables.

Tableau des verbes difficiles

Pour chaque verbe : présent (je / nous), passé simple, futur et participe passé. La colonne « Piège » signale l'erreur la plus courante.

VerbePrésent (je / nous)Passé simpleFuturPart. passéPiège fréquent
haïrje hais / nous haïssonsje haïs, nous haïmesje haïraihaï, haïetréma partout sauf aux 3 pers. du sing. du présent : je hais
acquérirj'acquiers / nous acquéronsj'acquisj'acquerraiacquis, isedeux « r » au futur (acquerrai)
mourirje meurs / nous mouronsje mourusje mourraimort, mortedeux « r » au futur ; auxiliaire être
asseoirj'assieds / nous asseyons (ou j'assois)j'assisj'assiérai ou j'assoiraiassis, isedeux séries de formes ; surseoir garde le « e » : je surseoirai
mouvoirje meus / nous mouvonsje musje mouvraimû, muecirconflexe au masc. sing. (mû) ; mais ému, promu
devoirje dois / nous devonsje dusje devraidû, due, duscirconflexe au seul masc. sing. : dû (≠ du)
vaincreje vaincs / nous vainquonsje vainquisje vaincraivaincu, ue3ᵉ pers. du sing. sans « t » : il vainc
coudreje couds / nous cousonsje cousisje coudraicousu, ueradical « cous- » au pluriel et au passé simple
naîtreje nais / nous naissonsje naquisje naîtrainé, néecirconflexe : il naît ; auxiliaire être
résoudreje résous / nous résolvonsje résolusje résoudrairésolu, ue≠ absoudre (absous, sans passé simple usuel)

Quatre pièges à retenir absolument

Le « t » qui disparaît

Les verbes en -cre comme vaincre et convaincre ne prennent pas de « t » à la 3ᵉ personne : il vainc, il convainc.

L'accent circonflexe distinctif

dû, mû, crû (croître) portent l'accent au seul masculin singulier, pour les distinguer de du, mu, cru.

Le double « r » du futur

mourir → je mourrai, courir → je courrai, acquérir → j'acquerrai : le « r » du radical s'ajoute à celui de la terminaison.

Les verbes à double forme

asseoir : j'assieds / j'assois. payer : je paie / je paye. Les deux séries sont admises.

💡 Les fautes les plus pénalisées aux concours : il vainc (sans t), il naît / il paraît (circonflexe), je mourrai (deux r) et les participes mû / dû (accent au masculin singulier seulement).